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Valérie Jacqueau nous présenteDawa Sherpa

Dachhiri Dawa Sherpa...  

 

Dawa Sherpa, comme nous l'appelons par ici, est un coureur connu dans le monde du trail, connu pour ses performances et aussi pour son style et sa gentillesse.

Il se présente lui même sur son site
http://www.dachhiridawasherpa.com :.

«Sherpa Dachhiri, né le 3 novembre 1969, dans un petit village du nom le Chulemo-Taksindu région de l’Everest. Le Solukhumbu à 2700m d’altitude au Népal, où vivent encore ma mère et certains de mes frères et sœurs, les autres habitent à Kathmandou.

Nous sommes neuf enfants, sept garçons et deux filles.

J’ai fait sept années de monastère, et ensuit après le décès de mon père, je suis parti comme cuisinier dans les treks. Par la suite avec l’aide de certains touristes, j’ai pu prendre des cours pour passer mon diplôme de guide.

Puis un jour en octobre 1994, un Suisse a organisé une course où l’on m’a demandé de participer, à cette occasion j’ai rencontré mon épouse qui m’a aidé à venir en Suisse trois mois, pour participer à des courses et m’entraîner avec des amis coureurs, ce qui n’est pas possible au Népal. Je me suis marié en 1998 et établi en Suisse où je travaille la semaine dans une entreprise de bâtiments : INDUNI S.A.

...et les week-end, je cours... »

 

 

Champion d'ultra-trail Dawa Sherpa

Il participe donc à sa première course à l'âge de 25 ans à l'occasion d'une course organisée par des suisses. C'est son frère qui remporte cette course mais Dawa Sherpa gagne deux étapes Il participe à de nombreuses courses d'ultra et devient rapidement l'un des tous meilleurs coureurs du monde, remportant les courses les plus difficiles, se démarquant aussi bien par la facilité avec laquelle il avale les kilomètres que par son esprit sportif et surtout sa gentillesse.

Son palmarès est édifiant, depuis sa première victoire en 1998 sur une étape du marathon du Verdon, il a remporté plus de 100 courses dont l’Annapurna Mandala Trail, le Tchimbé Raid, l'Inter-Lacs, le grand raid du Mercantour, la 6000D et bien entendu l'UTMB qu'il remporte en 2003. Jusqu'en 2010, seul le Grand Raid de La Réunion semblait lui résister puisqu'il comptait sur cette course deux abandons en deux participations (2004 et 2006). Il prend sa revanche en terminant l'édition 2010 en 5e position en 26 h 56 min et 33 s.

 

 

Débuts en ski de fond Dawa Sherpa

Daichiri Sherpa porte drapeau du Népal aux JO d'hiver 2010

L'arrivée de "Dawa" dans le monde du ski de fond n'est pas sans rappeler le pitch du film Rasta Rockett. En 2002, le Comité olympique népalais le contacte pour lui proposer d'apprendre le ski de fond... parce qu'il vit en Suisse, pays fortement doté en piste de skis, contrairement au Népal qui bien qu'ayant les montagnes les plus élevées du monde n'en possède aucune. "Dawa" apprend donc le ski de fond et devient le porte drapeau et seul représentant du Népal aux Jeux Olympiques de Turin où il finira 94e sur 99 de l'épreuve de 15 km classique. En 2010, après avoir pris quelques cours et côtoyé les fondeurs de l'équipe de France, il participe à nouveau aux jeux olympiques qui ont lieu à Vancouver accompagné cette fois du skieur Kumar-Dhakal Shyam.

Dawa viendra certainement nous parler de ses projets. Parmi ses projets, organisation de trails au Népal et construction d’une école monastique au Népal, qui a démarré il y a trois ans.

Il veut pouvoir aider son pays natal, tout comme il partage beaucoup avec nous ici en France et en Suisse.

 

 


 

Hommages au Père Lacombe 

 

Le 29 mars 2008, était enterré aux Contamines le Père Henri Lacombe. Après une brève biographie, nous reproduisons quelques témoignages exprimés lors des obsèques.

 

Père Lacombe

Henri Lacombe était né le 25 mai 1906. Après de longues études, à la Sorbonne, à la faculté de pharmacie, à l'institut Pasteur, 3 années de recherche et une thèse de doctorat, il travaille pendant 6 ans pour une importante société de produits pharmaceutiques. En 1936, il découvre les Contamines et décide en 1938 d'en faire son port d'attache en y construisant son chalet. En 1940, la guerre interrompt son activité industrielle et commerciale et des ennuis de santé l'éprouvent. Il décide alors de changer complètement d'orientation en poursuivant une inclination de jeunesse.

 

Le cardinal Suhard, déplorant le peu de scientifiques dans le clergé français, lui demande de se consacrer aux problèmes que la science pose à la Bible. Exempté de séminaire, il poursuit des recherches dans ce sens, en se consacrant à l'interprétation des textes doctrinaux et, pour approfondir sa connaissance des textes bibliques, il apprend l'hébreu.

 

En 1948, il est ordonné prêtre ; il a 42 ans.

 

De 1949 à 1957, chargé de cours d'instruction religieuse à l'Assomption à Saint-Gervais, le chanoine Pasquier, curé de la paroisse, lui demande de s'intéresser au patrimoine religieux de la vallée de Montjoie, patrimoine méconnu et souvent mal entretenu. Ses recherches l'incitent à faire découvrir par des entretiens et des conférences, l'aspect religieux de l'histoire locale et la naissance de la paroisse des Contamines.

 

En 1954, l'abbé Dumas, curé de Saint-Nicolas de Véroce, lui suggère de créer un musée pour abriter et mettre en valeur le trésor de la paroisse.

 

En 1958, lors d'un long séjour au Maroc auprès de moines érudits, il conduit une recherche sur les emprunts du Coran à la Bible.

 

Successivement aumônier de l'Assomption à Colmar, puis à Cannes, il alterne les cours d'instruction religieuse, les conférences sur l'Islam, sur la Bible, sur toutes les connaissances acquises par ses longues recherches.

 

À partir de 1961, il passe huit mois par an aux Contamines. Le curé Babaz sollicite son aide pour les homélies, retraites, accompagnements spirituels. Il rédige un petit ouvrage, vraie mine sur l'histoire du village : les Contamines en confidence, et il met ses nombreuses potentialités au service de la vallée. En 1986, les Contamines fêtent avec joie et reconnaissance son quatre-vingtième anniversaire.

 

Avec l'age, il avait pris une retraite bien méritée, mais conservant toutefois une activité intellectuelle soutenue et continuant à travailler sur les sujets qui l'avaient passionné toute sa vie, et ceci jusqu'à ses derniers instants.

 

 

 

Témoignage d'Albert Mermoud - Hommage au Père Lacombe - 27 mars 2008

 

Le Père Lacombe, comme nous l'appelions familièrement, nous a quittés, un peu avant ses cent deux printemps qu'il aurait fêtés dans deux mois.

 

Pour nous, cet homme tout de sourire et de douceur, qui avait conservé une jeunesse d'esprit hors du commun ne paraissait pas devoir subir un jour le sort commun à tous. Il y a des hommes qui ne doivent pas mourir parce qu'ils occupent une place trop grande pour être comblée, parce que leur absence est un vide. Le Père Lacombe était de ceux-là. Il n'était pas natif des Contamines, pourtant il était de chez nous, connaissant chacun de nous, chaque coin de notre vallée. Il y était venu pour se remettre d'une maladie en 1936. Il s'y était attaché, avait construit son chalet sur ce promontoire que tous les gamins et les moins jeunes du village devaient gravir souvent durant plus de 70 ans. Les gamins du pays y avaient établi leur camp de base un moment, autour d'un train électrique qu'ils avaient construit ensemble. Nous, on allait voir le pasteur, le philosophe, l'exégète des textes religieux de toutes confessions, le scientifique, l'amateur d'art éclairé, particulièrement en art baroque dont il était un ardent défenseur, l'observateur un peu ironique du monde contemporain, dubitatif sur l'évolution de nos sociétés mais jamais pessimiste. Il s'intéressa aux affaires de notre planète au-delà de ses cent ans. On lui apportait Le Monde, qu'il lisait avec assiduité et plaisir. Il aimait la vie, il aimait les êtres humains dans leur complexité, leurs contradictions. Il croyait en leur rédemption, leur résilience comme on dit aujourd'hui, pourvu qu'on prenne la peine de les éclairer. C'est sans doute ce qui a conduit cet homme d'une impressionnante culture à se tourner vers la prêtrise pour nous aider dans notre quête spirituelle, en nous faisant partager ses connaissances et sa foi, après une période de recherches scientifiques en pharmacologie.

 

Prêtre, il fut le pasteur proche et attentionné en nous transmettant les messages d'amour et d'espérance que sa foi profonde lui révélait. Il savait nous éclairer dans notre vie quotidienne avec des mots simples qu'il adressait chaque semaine à la paroisse dans la «feuille du dimanche». C'était un esprit œcuménique, ouvert, tolérant. Il avait l'intelligence de l'esprit. Il avait aussi la noblesse de l'âme. En cela sa vie restera un exemple et marquera nos esprits à jamais.

 

Au revoir, Père Lacombe, soyez sûr de notre affection profonde à tous et de notre
reconnaissance pour tout ce que vous avez apporté à notre vallée.

 

Albert Mermoud

 

 

 

Témoignage de Jean-Baptiste de Cérou - Mahacombe - Le 28 mars 2008

 

Pour la plupart d'entre vous, il était l'abbé Lacombe. Nous, depuis notre enfance, et nos enfants après nous, nous l'appelions Mahacombe.

 

Il était venu construire son chalet aux Contamines après quelques séjours au sanatorium du plateau d’Assy. Industriel dans la pharmacie, célibataire aisé, il avait voulu un chalet assez grand pour y recevoir ses amis de toutes origines, et notamment des personnes comme lui, atteintes de maladies pulmonaires, astreintes au repos guérisseur en altitude C'est ainsi que nos parents sont venus séjourner au chalet, recommandés par un ami commun peu après leur mariage, juste avant la guerre de 39-45. Une amitié profonde est née entre eux, et l'a conduit à accueillir puis adopter notre famille au complet. Lors d'un nouveau séjour à la fin de la guerre peu avant ma naissance, Mahacombe a annoncé à mes parents son intention de devenir prêtre. Il a alors distribué ses biens autour de lui, et donné le chalet à mes parents.

 

Il parlait peu de sa propre famille disparue depuis longtemps, même s'il vouait un culte à sa maman. Sa famille, d'aussi loin que je me souvienne, c'était nous, avec la fidèle Amédine, ses amis des Cévennes, et vous tous amis et paroissiens des Contamines.

 

Mahacombe nous disait souvent « chez, moi, on ne vit pas vieux ! Je ne dépasserai pas les 70 ans. Ceux qui se souviennent de la belle fête ici de ses 80 ans se rappellent certainement qu'il n'était pas peu fier d'avoir atteint cet âge canonique. Et le jour où, chez ma sœur, en Provence, qui l'a accueilli depuis des années, nous avons fêté ses cent ans, il était ému de la fête tout en savourant son record de longévité. Jusqu'à ces dernières semaines, sachez qu'il continuait à trier, découper, classer des photos et des articles dans d'innombrables revues d'art pour compléter la documentation du chalet qu'il a rassemblée sur tous les sujets qui l’ont intéressé tout au long de sa vie.

 

Je voudrais dire quelques mots de deux traits de sa personnalité : d'un côté, il était un puits de connaissances à la manière des hommes de la renaissance ; de l'autre, un grand enfant avec ses collections et ses passions pour les petits trains.

 

Beaucoup d'entre vous doivent se souvenir de la densité de ses sermons : le théologien érudit, l'homme de science toujours curieux de tout nourrissait l'intelligence de ceux qui l'écoutaient. Après le latin et le grec de ses études, il a appris à l'âge adulte l'hébreu puis l'arabe pour lire au plus près des textes les livres des religions révélées. Il m'a profondément marqué dans ma quête personnelle de la vérité de la transmission des textes saints ; j'ai été nourri de la même exigence incontournable de concilier foi et connaissance scientifique. Il regrettait qu'il n'y ait pas suffisamment de nouveaux Teilhard de Chardin pour confronter comme lui les mystères de la création enseignés par l'Eglise aux découvertes scientifiques dérangeantes de l'astrophysique ou de la biologie moléculaire. Il y a un an, en conclusion d'une discussion sur l'évolution des espèces, l'origine de l'homme et le texte de la Genèse, il me disait à 101 ans « la question qui me taraude, c'est où va la caravane humaine ? »

 

Moins nombreux sont ceux qui ont connu le grand enfant, car cela était réservé aux garçons du village ou des résidents secondaires : il avait reporté sa passion de célibataire aisé pour les belles autos de sa jeunesse et les beaux voyages confortables, sur les miniatures et sur le petit train du chalet ; tous les après-midi de mon enfance, il y avait atelier petit train au chalet. Il fallait le voir bricoler, nous faire fabriquer les wagons avec la tôle des boites de confiture, décorer les paysages avec les éponges déchiquetées prises à la cuisine transformées en arbres par la grâce du fil de fer. Il fallait dans l'excitation l'entendre crier plus fort que les gamins, hurler de rire au moindre déraillement. Depuis son enfance, il connaissait par cœur l'horaire de tous les trains de France et les correspondances. Nous devions inlassablement apprendre la géographie de la France par le train et simuler au plus près de la réalité, les Nice- Chamonix ou le Paris-Toulouse. Gare à celui qui oubliait de changer de locomotive en arrivant à La Roche-sur-Foron.

 

Le petit train s'est arrêté. Mahacombe, tu es en gare éternelle, et je veux croire que le chef de gare là-haut, t'a accueilli les bras ouverts.

 

Jean-Baptiste de Cérou

 

 

 

Témoignage de Paul Barbier - Cher Père LACOMBE,

 

À partir de 1961, vous habitez votre chalet huit mois par an. L'abbé BABAZ, notre curé vous mobilise souvent et sollicite votre grande compétence dans plusieurs domaines :

la prédication à chaque grand-messe dominicale,

de nombreuses retraites de communion solennelle,

l'environnement spirituel des groupes de paroisse, personnes âgées, école ménagère, jeunes confirmands,

la rédaction d'un livre « les Contamines en confidence » ou de plaquettes de présentation de nos deux églises.

 

Pendant votre absence hivernale et durant de nombreuses années, vous avez enrichi chaque semaine notre page paroissiale « Bonjour Montjoie » de commentaires d'évangile d'une très haute tenue. Et vous avez continué à vous intéresser à notre communauté grâce à l'envoi régulier de cette feuille hebdomadaire.

 

Homme de science, homme de recherche permanente, homme de foi, l'ami qui nous quitte aujourd'hui a su tout au long de sa vie conjuguer ces trois passions et nous les faire partager. Expliquer le sens profond d'un texte biblique ou montrer le fonctionnement d'un circuit de train électrique à des adolescents émerveillés, il s'agit toujours de partage.

 

Je rappellerai pour terminer cette phrase écrite de votre main lors de la fête de la Pentecôte de 1996, année de vos 90 ans : « On sera sûr qu'il s'agit bien du souffle de Dieu si nous sommes portés à choisir le genre de vie qui permettra non seulement d'être au service de notre prochain, mais de l’élever, de l'épanouir ».

 

Pour ce que vous avez écrit, pour ce que vous avez vécu,

 

Merci Père LACOMBE.

 

Paul Barbier